A LA DÉMOCRATIE SELON PANURGE

Ces dernières années ont été marquées par la montée absurde d’une inhumanité qui n’a plus aucune raison de rester dans l’ombre ni de continuer à pondre des écrans de fumée pseudo-humanistes. Depuis, beaucoup d’entre nous cèdent à la peur, menacés par des fumiers aveuglés aussi bien par le pouvoir que par la haine.

Et à notre tour, nous nous aveuglons; nous ne cessons de répéter : “Ce n’est pas possible en 2021 ? En 2022 ?”

Tous les ans depuis ma naissance j’entends ce même discours, cette même remarque … Il n’y a que la date qui change. J’ai grandi en nous voyant nous apitoyer sur notre sort et nous enfoncer dans notre asservissement inculqué. Nous ne cessons de les supplier de se réveiller et d’arrêter cette ignominie …

Mais quand allons-nous comprendre que c’est à nous de nous réveiller ?!


Dernièrement et pour exemple, c’est le wokisme qui est vilipendé …

Encore une fois, les choses ne sont-elles pas claires ? Woke signifie “être éveillé” … Pourquoi donc combattre un éveil si ce n’est pour imposer le profond sommeil ?

Les étudiants qui ne se soumettent pas à l’idéologie dominante sont maltraités et sortis des universités. On veut même en réserver l’accès qu’à ceux qui seraient privilégiés par ce système injuste. On propose à ceux qui dénoncent l’abject d’acheter leur silence ou mieux, d’acheter une déformation de la vérité. Quant à ceux qui subissent un acharnement d’une autre nature …

Ceux qui croient et militent pour l’humanité se voient accusés d’être des fauteurs de trouble et même des apatrides qui refusent de se plier aux définitions bien particulières d'Égalité, de Fraternité et de Liberté. Et pendant ce temps, l’extrême-droite se pare d’un tricolore qui ne fait plus rêver … mais cauchemarder.


Et nous nous laissons envahir par la peur ; pourtant ce n’est pas cela que nous devrions craindre, mais notre rôle et notre déshumanisation.

Nous critiquons le système, mais, têtus, nous refusons de comprendre que c’est NOUS qui faisons le système. C’est notre participation qui le renforce.

Nous avons à tort cru que la majorité était une preuve d’intelligence collective, et nous nous sommes laissés endormir par des discours prônant le “nous”, mais prononcés par des gens qui marquent leur différence. Sous couvert de démocratie, nos dirigeants s’assurent notre obéissance plus qu’ils ne s’acharnent à nous représenter. Nous sommes dirigés par des amoureux du pouvoir et non des représentants du peuple. Nos quotidiens sont régulés par ceux qui ignorent nos réalités.

Ils ne font pas partie du peuple : ils sont au-dessus de lui et s’acharnent à garder cette domination. Ce pays qui se gargarisait d'une certaine abolition des privilèges rappelle aujourd’hui ouvertement à son peuple dupé qu’il a des devoirs avant d’avoir des droits.


L’appartenance à un groupe serait un facteur d’épanouissement. J’entends bien.

Mais à quel moment nous sommes-nous laissés aveugler par l’amour du plus grand nombre ?

La majorité est synonyme de pouvoir, jamais d’intelligence collective. Pourtant, nous nous rangeons gentiment à la majorité pour faire comme tout le monde. La majorité est synonyme de pouvoir, mais elle ne le détient pas! Il est détenu par ceux qui contrôlent la majorité!

Aunty Jenifer Lewis l’a magnifiquement souligné : à rester assis dans la merde trop longtemps, on finit par ne plus la sentir. Et telles des brutes lâches et abruties, nous nous serrons les coudes dans la fosse septique de la déshumanisation, et allons même jusqu’à nous acharner à donner à nos merdes des allures honorables.


Nous sommes friands des scénarios dans lesquels un seul homme se lève contre l’injustice, l’infamie, l’échec de l’humanité. On parle même de héros dans ce cas.

Nous nous attroupons dans les salles de cinéma pour applaudir le sacrifice et l’humanité d’un super-héros de Marvel; mais lorsqu’il s’agit de choisir entre nous lever contre l’abject ou nous asseoir avec la pourriture, nous optons bien trop diligemment pour la masse puante sous la pression de nos pairs. Préférons-nous vraiment être reconnus par la majorité en enfer plutôt que d’être des inconnus au paradis.

Je le répète : la majorité n’est pas un signe d’intelligence collective. Bien au contraire.

Elle n’a jamais raison mais elle donne raison au nombre.

Nous avons cru à tort que la majorité était une preuve d’intelligence collective, et nous avons ainsi perdu notre capacité à réfléchir. Nous avons troqué notre liberté, notre intelligence et notre dignité contre l’idiocratie majoritaire, liberticide et assassine.


L’homme est depuis longtemps passé maître dans l’art de justifier de façon pseudo-humaniste ses actes et pensées les plus démoniaques …. tant qu’il a le soutien du plus grand nombre, tout va bien. Il s’est donc assuré de faire paître un beau troupeau de moutons en misant sur le collectif, le plus grand nombre…et nous nous sommes convaincus qu'un grand nombre était synonyme d’intelligence.

Et ce troupeau de moutons qui bêlent sans arrêt n’osent pourtant pas se lever contre les méfaits de cette majorité de pairs dont ils craignent le regard et le jugement. Ils sont prêts à sauter volontairement de la falaise avec les imbéciles heureux plutôt que récupérer leur humanité, leur capacité à réfléchir et leur dignité d’homme. Il est aujourd'hui préféré se la jouer volontairement The Human Centipede plutôt que d'être moqué et persécuté, accusé de ne pas faire comme tout le monde.

Nous moquons souvent les moutons de Panurge, nous critiquons les masses stupides et autres collectifs abrutis. Mais combien d’entre nous s’arrêtent et se questionnent : fais-je partie de ces moutons ?

Au contraire, nous sommes les premiers à appeler le plus grand nombre à aller manifester. Nous voulons rassembler des voix et faire un maximum de bruit plutôt que d’entreprendre un véritable travail qui implique de se libérer du regard des autres, de leur pression et de leur trajectoire.

Nous préférons poster sur les réseaux des photos de nos différents "engagements" dans les manifestations plutôt que de nous engager véritablement.C'est la preuve que nous nous mentons à nous-mêmes.


Nous sommes gouvernés par la peur à tous niveaux.

Pourtant, le guerrier, assuré, loyal, préparé et droit sait désormais que la seule chose qu’il devrait craindre, c'est lui-même. Ce serait de flancher et de perdre son intégrité : en effet, une fois qu’il a eu un avant-goût de la véritable liberté et de l'humanité, il ne veut plus jamais se retrouver parmi cette majorité dégradée et dégradante; il s’acharne désormais à fuir comme la peste ceux qui préfèrent survivre à plat ventre comme des chiens. Il n’en a que faire d’être pointé du doigt par ceux qui l'accablent jalousant en secret son courage et sa force.

La majorité n’est pas une preuve d’intelligence collective. Au contraire, en faire partie est une preuve de soumission au conformisme à l’idiocratie.

Voilà donc où nous en sommes : des moutons couplés à des dindons de la farce. Ajoutées à ça des poules mouillées qui ne cessent de caqueter pendant que les meutes affamées de chiens de l’enfer attaquent désormais en pleine journée.

Où est donc notre humanité ?! Qu’avons-nous fait d’elle ?!

Je souris avec tristesse lorsque je constate l’hypocrisie de ce monde, de ces adultes auto-désignés “détenteurs de la sagesse et de la connaissance”. Ces mêmes adultes qui, parents, ont répété et répètent farouchement à leur enfants influençables : “Tu n’as pas de cerveau ?! Et si ton copain saute du pont, tu vas sauter avec lui, triple idiot?!” …

Alors, triples idiots ? N’avez-vous donc pas de cerveau? Allez-vous continuer de sauter du pont avec les copains ? Ou allez-vous enfin faire choisir d’aller à contre-courant vers la vie ?


La situation n’est-elle pas grotesque ?

Vous appelez à détruire Babylone tout en vous cramponnant à votre allégeance à Panurge…

Le mot de la fin est répété à chaque génération, sur chaque continent, dans chaque langue.

“Prefiero morir de pie que vivir siempre arrodillado.” scandait-on lors de la Révolution mexicaine.

“I’d rather die like a man, than live like a coward.” rappait Tupac Shakur.

Et bien que beaucoup vont jusqu'à se faire tatouer ces citations, très peu osent fièrement se lever ou rester debout.

La vie est une série de choix, dit-on.

Pourtant, il est temps pour nous de prendre conscience qu’il n’y a qu’un seul choix à faire, celui dont découlent tous nos autres choix : sauter joyeusement avec l’infâme majorité abrutie ou marcher seul humainement, fièrement et solidement … quitte à être la risée de cette démocratie selon Panurge.

Que choisissez-vous ?


- Céline Patisson-Smith


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