Sincèrement pardon part.1 | DEMANDER PARDON

Dernière mise à jour : 6 déc. 2020


Notre ego est l’un de nos pires ennemis. Peut-être le pire ?

C’est notre ego qui nous empêche d’être honnêtes avec nous-mêmes. C’est notre ego qui nous refuse toute humilité. C’est notre ego qui détériore notre humanité et entrave toute tentative de la restaurer. (Si vous êtes familiers de Le Study Vlog, vous avez reconnu les fameux 3H de notre mot d’ordre.)

Dernièrement, c’est sur la question du pardon que mon attention est portée.

Vous êtes-vous déjà retrouvés dans cette situation où, après vous avoir causé du tort, on vous demande sincèrement pardon ?

« Sincèrement. Pardon. »...« Je m’excuse sincèrement. »

Employer le mot « sincèrement » ne signifie pourtant pas que l’excuse est sincère.

Je pense qu’il y a une différence entre

s’excuser sincèrement et vouloir sincèrement être pardonné.


Pensons de l’autre sens : avez-vous déjà eu à présenter des excuses ?

Avez-vous déjà pensé à la raison pour laquelle vous présentez ces excuses ?

Parce que c’est la bonne chose à faire ? Parce que la bienséance vous y oblige ?

Peut-on alors parler de sincérité ?

Ou alors est-ce parce que vous vous sentez coupables ? Parce que vous avez besoin de vous débarrasser de cette culpabilité ?

Dans ce cas, vous excusez-vous sincèrement ?


Nos excuses ne devraient-elles pas être pour la personne que l’on a blessée ?

Au lieu de cela, nous lui demandons pardon ... égoïstement.

Nous voulons et avons besoin qu’elle nous accorde son pardon…de façon à pouvoir nous regarder dans le miroir, de façon à ne plus nous sentir coupables, de façon à nous rassurer d’avoir fait ce qu’il fallait. Nous voulons être sincèrement pardonnés….mais nous ne demandons pas sincèrement pardon.

Où place-t-on notre victime ? Non seulement nous l’avons blessée, mais nous lui remettons la responsabilité de notre bien-être. Et souvent, lorsque cette personne n’accepte pas nos excuses, nous avons cette dégoûtante tendance à la blâmer : « Je me suis excusé.e. Qu’est-ce qu’il/elle veut de plus ? »

Qu’est-ce qu’il/elle veut de plus….

Mon père utilisait une image pour illustrer pour traiter du pardon. Et je la mobilise à chaque fois que j’ai besoin de présenter des excuses.

Il s’agit de l’image de la balafre.

Nos mots méchants, nos insultes, nos moqueries, nos actes malveillants, nos attaques répétées, notre jalousie destructrice, notre haine déversée, sont des coups de couteau que nous infligeons à l'autre. Ils laissent des cicatrices, des balafres en plein milieu du visage. Cette haine déversée a des conséquences morales et/ou physiques. Elle défigure.

Réfléchissons-y….

Pensez-vous qu’un « Sincèrement pardon » va effacer cette balafre ?

Pourtant, beaucoup vont nous pardonner sincèrement. Et lorsque nous sommes victimes de cette haine, nous arrivons également à pardonner, et nous espérons même que nos bourreaux se débarrassent de cette haine qui les consume…

Nous pardonnons. Notre visage est en sang, couvert de balafres suintantes … mais nous pardonnons. Arriver à pardonner n’est pas une mince affaire, et devrions-nous alors en discuter [Sincèrement pardon part.2 (prochainement)].


Mais pour l'heure, c’est bien le nous qui demande pardon que je nous invite à interroger.

Gardons en tête que ce n’est pas parce que quelqu’un accepte nos excuses et nous pardonne, que nos mains sont propres.

Pourquoi ? Parce que nous n’avons rien fait pour les laver. Nous avons donné à l’autre la responsabilité de notre culpabilité.

Consumés par la haine, par la jalousie, peut-être nous sommes nous lancés dans une entreprise de destruction. Peut-être avons-nous ciblé une personne. Peut-être avons-nous fait de sa vie un enfer : ragots, mensonges, médisances, opportunités sabotées, rumeurs honteuses diffusées, voir même des atteintes physiques …

Et aujourd’hui, nous avons honte. Extrêmement honte de notre comportement inhumain.


Certains embrasseront la honte, préférant mourir plutôt que de prononcer le mot « Désolé ». L’ego, vous disais-je...

Quant à ceux qui ne ressentent ni honte ni culpabilité mais qui balancent des « Je te demande sincèrement pardon » afin d’apparaître aux yeux des autres comme ayant fait la bonne chose à faire … Ce n’est plus l’ego qu’il faut blâmer à ce niveau-là.

Et ceux qui se persuadent que rien de ce qu'ils font n'est grave tant qu'il n'y a pas mort d'homme ... Quand sommes-nous tombés aussi bas? Et que disons-nous lorsqu'il y a effectivement mort d'homme? ... "Quoi? Juste pour ça?!" ...

Juste pour une balafre? ..Nous n'avons aucune idée de la gravité des blessures infligées, nous n'avons aucune idée de la profondeur de cette balafre tracée, nous n'avons aucune idée de son degré d'infection ... Juste pour ça?...

Quand sommes-nous tombés aussi bas?

D’autres s’accommoderont de la honte, incapables d’avouer leurs torts.

Nous appréhendons l’immense honte que nous ressentirions au moment des aveux, et faisons de la honte que doit surmonter notre victime à cause de nos propos calomnieux et nos actes malveillants quelque chose de secondaire, quelque chose qui ne nous concerne pas. L’ego, vous disais-je ...

Après tout, toutes les excuses du monde ne pourront pas effacer les balafres sur le visage de notre victime. Une balafre reste une balafre. Nous nous persuadons alors que l’excuse n’est pas nécessaire dès lors qu'il n'existe pour certains dégâts aucun retour en arrière, ni aucune réparation possible.

D’autres encore présenteront des excuses afin de ne plus se sentir coupables, de ne plus ressentir cette honte accablante.

Nous demandons à être pardonnés et croyons que nous demandons sincèrement pardon. Mais c'est bien nous que nous plaçons au centre de cette histoire. Pas notre victime.

Nous voulons nous sentir mieux, mais nous ne cherchons pas à ce que notre victime se sente mieux. La haine est doublement destructrice : elle détruit celui à qui elle est infligée en même temps qu'elle détruit celui qui l'inflige. Et nous voulons en guérir...sans nous soucier de la guérison de celui à qui nous l'avons infligée.

Où est la sincérité dans cette demande de pardon? Nous ne faisons que nourrir notre ego. Nous ne faisons qu’enfouir notre humanité sous des couches d’hypocrisie…

Alors je m’interroge aujourd’hui.

Que faisons-nous pour obtenir ce pardon ? Que faisons-nous pour réparer nos fautes ?

Certes, il y a des blessures qui laissent des cicatrices à vie…

Certes, il y a des choses irréparables…

Mais qu’en est-il de toutes ces choses qui peuvent et doivent être réparées ? Qu’en est-il des blessures à panser ? Qu’en est-il de ces douleurs à apaiser ?

Demandons-nous ce qu’il en est de notre humanité ….

La sincérité de notre demande de pardon ne situe-t-elle pas ici?

Après nous être acharnés à démolir quelqu’un, sa réputation, ses relations, sa carrière, que faisons-nous pour réparer et/ou pour nous racheter ? Pensons-nous ne serait-ce même qu’un instant à nous racheter ?

Nous voulons être une meilleure personne…et nous avançons en laissant derrière nous des corps affaiblis que nous nous sommes entêtés à enterrer dans de profonds trous, et sans même leur lancer une échelle...Ce n'est pas seulement l'espoir pour eux de se sortir de ce gouffre que nous enterrons, mais également et surtout tout espoir pour notre humanité.

Je trouve en effet tristement fascinant cette tendance de certains à détruire publiquement la vie des autres … mais qui, au moment des excuses, les présentent discrètement et en privé…laissant les rumeurs et les commentaires haineux continuer de se répandre. "Ben quoi? Je t'ai dit 'pardon'!" Le mal causé publiquement continuera à avoir des conséquences publiques. Et ce n’est pas l’excuse faite en privé qui changera cela.

Parfois même avons-nous le culot de vouloir continuer à faire partie de la vie de ces corps tailladés par notre méchanceté. Et nous exigeons de ces personnes qu’elles nous intègrent/gardent dans leur vie …. Alors qu’elles tentent tant bien que mal de panser seules les plaies publiques que nous leur avons infligées, de réparer seules les pots que nous avons brisés.

Qu’en est-il donc de notre humanité ?

Ne devrions-nous pas faire tout notre possible pour réparer ce que nous pouvons ?

Ne devrions-nous pas nous acharner rétablir la vérité après nous être acharnés à répandre d’infâmes rumeurs aux conséquences désastreuses aussi bien sur le plan moral que physique, professionnel, financier, relationnel, etc...?

Ne devrions-nous pas fournir la même énergie pour réparer que celle que nous avons mobilisé pour détruire?

Après tout, n’apprenons-nous pas à un enfant qui casse un vase à en ramasser les morceaux ? N’exigeons-nous pas de lui d’essayer d’en recoller les morceaux ? A défaut, n’attendons-nous pas de lui qu’il nettoie les dégâts causés ? N’espérons-nous pas qu’il tire une leçon de cela afin qu’il soit beaucoup plus précautionneux à l’avenir ?

Pourtant, adultes, nous contournons les vases que nous prenons même parfois un malin plaisir à casser. Les plus sympas d’entre nous auront tout de même la décence de chuchoter un « désolé » tout en contournant les dégâts. Et nous nous en allons casser d’autres pots…

Il est malheureusement facile d’arracher de magnifiques fleurs et de polluer leur sol.

Il est beaucoup plus fastidieux d’entreprendre derrière l’assainissement du sol.

Il est beaucoup plus difficile de replanter ces fleurs, de leur permettre de retrouver leur magnificence.

Mais je nous demande aujourd’hui de toujours faire en sorte de réparer, dans la mesure du possible, le mal que vous faisons.

Mon tonton Max a coutume de dire qu’il n’est jamais trop tard…sauf lè ou mô, ou mô.

Et il n’est jamais trop tard pour demander pardon.

Demander sincèrement pardon.

Il n’est jamais trop tard pour nous racheter. Il n’est jamais trop tard pour nous reprendre.

Ne nourrissons pas notre ego en pensant que nous nous rabaissons lorsque nous ramassons les dégâts que nous avons infligés.

Ne confondons pas se rabaisser et faire preuve d'humilité. L'humilité appelle notre humanité. Car c'est bien elle qui est en jeu.

Au contraire donc, élevons-nous.

Élevons-nous en demandant sincèrement pardon. Élevons-nous en nous attelant à obtenir ce pardon. Réparons ce que nous brisons. Apprenons à être meilleurs afin de nous garder de briser quoique ce soit à l’avenir.

Restaurons notre humanité.

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