Un chien ne mord pas la main qui le nourrit

Dernière mise à jour : 29 nov. 2021

Nous voulons les résultats, nous cherchons à parler, débattre, faire du bruit...

Mais trop peu sont prêts à fournir les efforts nécessaires, à faire les "sacrifices" essentiels.


“Il faut que ça fasse du bruit.”


Je n’en peux pourtant plus de ce bruit incessant, de ces cris stridents, de ces paroles vaines apprises par cœur et répétées sans même les comprendre.

On se gargarise de principes et on apprend des définitions sans chercher à les appliquer.


“Oui, mais au moins on fait du bruit.”


N’avions-nous pas déjà souligné l’écran de fumée que représente ce bruit lorsque nous parlions de la domestication inhérente à la colonisation ?

Êtres colonisés, nous sommes domestiqués; et chose tout à fait paradoxale, la hausse des revendications identitaires et des appels à “F*ck Babylon” ne font que souligner cet état domestiqué.

Et en face, cette Babylone n’a de cesse de se renforcer … avec notre participation.


Tout comme un chien a beau aboyer de temps en temps à en réveiller tout le voisinage, il n’en reste pas moins un chien domestiqué qui se satisfait de la caresse apaisante du maître qui le maltraite pourtant.

Et il attend sagement que ce dernier lui balance sa gamelle.

Beaucoup sont heurtés par cette comparaison.

Pourtant c’est ainsi que nous sommes pensés et éduqués….dressés!

Lorsque l’on parle de décolonisation, il nous faut penser dédomestication.


Moi?

Je suis heurtée lorsque je vois les mêmes bouches qui scandent férocement “F*ck Babylon” s’empresser d’embrasser goulûment cette Babylone.


Je suis dégoûtée à en perdre tout espoir et motivation lorsque je vois un trop grand nombre … une majorité, oserais-je même dire, se prélasser dans le paraître sans véritablement s’investir dans la lutte.

Ils font d’ailleurs passer notre lutte pour une simple tendance du moment.

Ils ridiculisent notre combat et l’invalident.

Ils sont friands des courtes vidéos sur Instagram, des posts polémiques, et des actions éphémères qu'ils appellent "des évolutions" .... ils apprennent des définitions, se tiennent au courant des derniers scandales. Ils sont les premiers à réagir en recrachant studieusement ce qu’ils ont appris.

Pourtant, jamais ils n’auront appliqué ces définitions à eux-mêmes.

Ils sont les premiers à repérer les “vendus”, sans jamais s’interroger sur leur propre état.

Ils sont les premiers à crier au scandale, sans jamais réaliser qu’ils sont ceux qui rendent ce scandale possible.


Ils sont les premiers à crier “F*ck Babylon!” dans toutes sortes de manifestations …

mais lorsqu’on les interroge sur la manière concrète dont ils f*ckent Babylone au quotidien : plus personne.

Car n’oublions pas que la décolonisation, la dédomestication est un processus honnête et douloureux qui doit commencer par une introspection, par soi et chez soi.


A quoi bon scander “F*ck Babylon!” si vous continuez d’entretenir Babylone, d’enrichir Babylone, de soutenir Babylone, de rechercher l’attention et la validation de Babylone? Avez-vous même déjà cherché à identifier cette "Babylone" que vous nommez ?

Peut-être avez-vous trop honte d'avouer qu'elle est dans votre foyer. Peut-être avez-vous trop peur de la découvrir en vous regardant dans le miroir.


F*ck Babylon … mais je ne suis pas prêt à abandonner les petits "privilèges" octroyés par Babylone.

F*ck Babylon … mais ma niche reste un trésor dont je ne veux pas me séparer.


La domination a-t-elle fait un si bon boulot que nous nous contentions d’un activisme de proximité, un activisme de façade qui permet de briller lors de conversations dites “woke”, “éveillées”?

Avons-nous vraiment si peu d’amour propre pour nous prétendre “conscientisés” alors même que nous rechignons et refusons de véritablement entreprendre notre décolonisation?

“F*ck Babylon”, entends-je à longueur de journée … mais Babylone, perfide, nauséabonde, a tellement bien fait son boulot qu’elle ne s’impose plus. Elle est entretenue, invitée et accueillie à bras ouverts par ceux qu’elle a dressés depuis des générations.


Comprenez-moi bien !

Si ou pa paré pou goumé, pani pwoblem!

Si ou pa paré pou dekolonisasyon la sa, pani pon pwoblem !!

Mais, par pitié, ne soyez pas ce groupe intermédiaire, cette zone grise non assumée. Ne sabotez pas nos luttes en les réduisant à un activisme sans colonne vertébrale, comme on dit chez moi.

Vous prenez plaisir à propager de la fumée en même temps que vous étouffez le feu ardent qui brûle encore le cœur vaillant de notre liberté…


Arété palé ... fè-y ! ou cessez tout simplement d'aboyer.


Nous revêtissons le paraître et perdons de vue notre liberté.

Nous crions “A bas l’administration néo-coloniale!” tout en chantant les louanges du béké.

Nous en sommes venus à confondre les aboiements incessants du chien domestiqué avec le grondement puissant et ravageur du loup.


Faire du bruit est-il "déjà au moins un pas" ?

Oui … un pas de plus dans la soumission.

Faire du bruit, c’est juste aboyer … tout en restant attaché à sa niche.

Et Babylone, comme vous la nommez, le sait et continue de la sorte : un chien ne mord jamais la main de celui qui le nourrit.

L'êtes-vous ?



- Damsel of Letters

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