DE L’HÉGÉMONIE DÉCOMPLEXÉE

Dernière mise à jour : 6 juin 2021

Bientôt un an qu'en plus de tenir bon contre une pandémie, nous assistons, encore plus impuissants, au renforcement d'un des plus grands fléaux de l'Humanité; un fléau qui, plus confiant que jamais, pose un nouveau clou au cercueil pourtant déjà bien scellé dans lequel repose l'humanité.


Patriarcat, misogynie, suprématie, racisme, ....

ce système hégémonique ne se cache plus.


Il ne cache plus ses ambitions. Il ne cache plus l'horreur de sa mentalité répugnante derrière des écrans de fumée qu'il s'évertue pourtant et paradoxalement à rendre toujours plus opaques dans certains cas.

La force de l'habitude?

Les belles valeurs jusqu'alors présentées comme l'apanage de l'Homme ont été noyées à grands jets de pseudo-humanisme depuis bien trop de décennies. Au mieux, elles ne sont plus que de vagues traces délavées que peu osent encore chérir, protéger et défendre.


Les cours de justice de ce système ont passé plus de temps à dissimuler ses atrocités qu'à effectivement rendre la Justice. Mais ce doit être cela qu'on appelle "la justice des hommes"; et le gouffre qui la sépare de la véritable Justice est si grand que les immondices régnant autrefois depuis les profondeurs de l'enfer, continuent désormais leur funeste entreprise au grand jour.

Césaire, Weil, ou encore Thoreau, beaucoup appelaient depuis longtemps à notre Humanité, à continuer à faire la différence entre le Bien et le Mal, que ce soit en matière d'esclavage ou de colonialisme.

Comprenez-moi bien : je ne parle pas de religion car, pour moi toute religion est directive et fait, à coup de lois et d'interprétations, passer l'homme avant Dieu. Et cette frontière mystifiée et floutée entre le Bien et le Mal est maintenant pleinement assumée par des hommes aux egos démesurés qui, en croisade contre certaines religions, deviennent de plus en plus orgueilleux, se donnant toute puissance et se positionnant en tant que dieu.

Aujourd'hui et depuis trop longtemps, la justice de ces hommes donne raison à la pédocriminalité, autorise l'empoisonnement à foison de nos terres et de nos corps, excuse la barbarie de ses suppôts, et défend toutes les entreprises inhumaines dans lesquelles les cœurs les plus malades ont eu l'idée de se lancer, soutenue par des forces armées qui, en toute impunité, maintient l'ordre désiré dans ce système.


Il y a encore peu, on nous assurait que le colonialisme appartenait au passé.

Et peu fiers, ce colonialisme du passé était même mystifié : chacun y allait de sa justification. On mobilisait des pseudo-valeurs morales pour justifier l'injustifiable, et on donnait à l'inhumanité des allures humanitaires : la colonisation avait alors des vertus civilisatrices. Et encore aujourd'hui beaucoup de nos êtres (néo)colonisés croient et défendent cette ineptie.

Pourtant, aujourd'hui, ce système ne semble plus capable de cacher ses ambitions et ce en quoi il croit vraiment; preuve en est de la déclaration d'un de ses députés LR qui a affirmé que "l'université est traversée par des mouvements puissants et destructeurs", notamment "le décolonialisme".

A comprendre : le décolonialisme menace l'université. Pourquoi? Parce que le colonial en est un des piliers fondateurs.

Temple du savoir? Non. Colonialité du savoir.

Et s'attaquer à cette colonialié revient à s'attaquer à l'université et à ce système. Le message n'aurait pas plus être moins clair.

Parler de racisme, de suprématie ou d'hégémonie blanche (ou de blanchité hégémonique), c'est devenir un dangereux complotiste contre le pays... pays dont le Président qui n'hésite pas, en 2021, à porter aux nues un certain Tocqueville quand il s'agit de louer la démocratie...


Tout est limpide et avoué. La vérité ne dérange plus. Les références et piliers de ce système sont fièrement défendus, écrits en toutes lettres et érigés en statues.

La vérité ne dérange plus, et cela ne me dérange pas.

Au contraire!

Ce qui me dérangeait, c'est que, nous qui nous cachions derrière la mystification, nous qui n'arrivions pas forcément à voir derrière les écrans de fumée et autres mensonges savamment tournés, nous décidions de fermer les yeux sur ces vérités enfin assumées.

Ce qui me dérange, c'est que nous défendons encore ce système; c'est que nous sommes prêts à perdre notre âme pour nous accrocher à l'idée qu'on peut changer le système de l'intérieur, ou alors qu'on ne peut rien y faire du tout.

Ce qui me dérange, c'est que nous continuons à nous bercer nous-mêmes d'illusions alors même que cet ordre ne s'en donne même plus la peine.

Ce qui me dérange, c'est que nous refusons encore de voir la vérité alors même que, puante, elle nous est, sans complexe, balancée en plein visage.


Comme on dit chez moi, Nèg' an ba kann' rété an ba kann'?

Awa, sé sa yo vlé, sé sa yo ka espéré.

La vérité ne dérange plus.

Soyons dérangés par ses réalités. Cessons de nous en accommoder.


- Céline Patisson-Smith


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