UNE FEMME PLEINE DE HAINE

Aujourd'hui, une femme pleine de haine m'a écrit que j'oublie que je suis à moitié blanche. Aujourd'hui, une femme pleine de haine m'a écrit que je n'ai pas le droit de lutter contre la haine raciale car je suis métisse. Aujourd'hui, une femme pleine de haine m'a écrit que dénoncer le racisme ordinaire était prôner le communautarisme, déstabiliser l'ordre établi, appeler au trouble. Aujourd'hui, une femme pleine de haine m'a écrit qu'appeler à la prise de conscience de la haine dont nous sommes les victimes mais que nous propageons également inconsciemment est un appel à la "vengeance" d'un passé que nous sommes "incapables de dépasser". Aujourd'hui, une femme pleine de haine m'a écrit que notre éveil, notre fierté, notre Black is beautiful, notre Black Pride, notre Black Excellence, n'est qu'une mode, des idées "dans l'air du temps". Aujourd'hui, une femme pleine de haine inculque donc à ses enfants métis la haine de soi telle que décrite par Césaire en 1955 : "Je parle de millions d'hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d'infériorité, le tremblement, l'agenouillement, le désespoir, le larbinisme". (Discours sur le colonialisme, p.24) Aujourd'hui, cette femme pleine de haine me refuse le droit d'être fière de ma négritude, le droit de vivre ma négritude, le droit de dénoncer la haine qui s'acharne contre ma négritude, le droit de crier mon désarroi face à cette haine, le droit de dire STOP.

Aujourd'hui, cette femme pleine de haine me permet toutefois de réitérer mes propos selon lesquels une personne pleine de haine n'est pas représentative de toute une population!


Hier, lors de la commémoration de la mort de Martin Luther King, j'ai eu la chance de rencontrer de magnifiques personnes blanches, noires, métisses, ni noires ni blanches....des êtres humains engagés dans le combat de cette haine propagée par des simples d'esprit qui en veulent à la terre entière pour leur médiocrité. Et je suis fière de pouvoir m'ériger contre ces propos haineux aux côtés de ces personnes qui construisent un 'Vivre ensemble' au quotidien.

Je l'ai écrit dans Au huitième jour, et je le réécris aujourd'hui. Il peut être facile de répondre à la haine par la haine. Il est tristement trop facile de prêter à une couleur de peau le comportement d'un seul individu. Il semble logique pour certains de vouloir arracher ces mains qui nous étranglent dans le but de taire nos voix ... Je ne parle pas uniquement des voix noires, mais de nos voix, les voix humaines car "la différence entre une simple guerre entre Noirs et Blancs, et le soulèvement du Bien contre le Mal est colossale." (Au huitième jour, p.18) C'est de cela qu'il s'agit aujourd'hui...un combat contre la haine.

Et aujourd'hui je vous demande ... je NOUS demande la force et l'intelligence de ne pas nous rabaisser au niveau de ces mécréants. Ne cherchons pas à arracher leurs mains, évertuons-nous plutôt à nous arracher de leur emprise.


"Très chers bâtards et enfants de bâtards, je vous remercie du plus profond de mon coeur. Votre haine me motive. Votre haine nourrit ma faim. Vous ne pouvez plus m'intimider ni m'effrayer. Pas à ce niveau-là. Je connais ma valeur. [...] Mettez-nous la pression, censurez-nous, insultez-nous, haïssez-nous. Mais je répète haut et fort : je suis une femme noire et j'en suis fière. Merci et allez cordialement vous faire foutre si cela vous déplaît." (Au huitième jour, p.99)


Aujourd'hui, une femme pleine de haine a déversé sa haine. Aujourd'hui, une femme pleine de haine a voulu enterrer l'espoir sans même se rendre compte qu'elle ne faisait que semer les graines de notre détermination à "restaurer l'Humanité".

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